peinture / graphismes
J'avais 15 ans. Une amie m'avait parlé d'un vieux peintre qui vivait à l'écart de la ville, un peu caché dans les landes. Je voulais le voir. J'ai
pris mon vélo, suis sortie de mon quartier, de ma ville, pour prendre le chemin sur la digue qui longeait le canal. Il faisait encore très bon, l'arrière-saison était clémente. De temps à autre,
une voiture passait sur la route goudronnée en contre-bas du canal. Le pays était si plat, le canal si droit, que sa ligne touchait l'horizon au loin. Après quelques kilomètres je prenais à
gauche et m'enfonçais dans les landes. Je passais devant quelques fermes et plus loin j'aperçevais la
maison du peintre entourée de bosquets et d'arbres. Je frappais à la porte et le vieil homme qui ouvrait me
regardait, souriait et disait: "Toi, tu viens pour voir mon atelier, suis-moi". Il me devançait, traversait le jardin et entrait dans une cabane. Son
atelier.
Il me montrait ses toiles, me parlait de ses années passées dans l'atelier de Constant Permeke -expressionniste flamand- , de ses couleurs, ses pigments, de ses mélanges térébenthine/huile de
lin, de glacis, des odeurs et couleurs de la terre........... pendant des heures. Et là, j'ai fait une découverte: c'est CA que je voulais faire, toute ma vie, tous les
jours.
Quand je suis rentrée, je n'en ai parlé à personne. J'ai gardé cette rencontre au chaud, au fond de moi comme un secret précieux et j'ai attendu. J'ai attendu le jour de ma majorité, 21 ans. Une
semaine après mon anniversaire j'ai quitté mon travail et me suis inscrite à l'Académie Royale des Beaux Arts à s-Hertogenbosch. Ma vie
commençait. Je ne sais plus le nom du vieux
peintre, mais je le vois devant moi et on se regarde et on se sourit.